jeudi 28 octobre 2010

El fananat al Maghribiya: Quelques grandes artistes féminines

Voici quelques grandes artistes feminines du Maghreb. Chanteuses et musiciennes traditionnelles, parfois comédiennes, on les appelle Chikha ou Ma'alima du fait de leur statut d'artiste, elles ont toutes marqué l'histoire de la musique de leur pays et ont souvent eu du succès au delà des frontières du Maghreb.

Répertoire maghrébin

En Algérie:

Chikha Tetma (1891-1962) interprète du hawzi, musique traditionnelle citadine de Tlemcen, elle est originaire de cette même ville et a été la première femme à y organiser des fêtes. Elle influencera de nombreuses chanteuses dont Fadhila Dziria. Tout comme Chikha Tetma, Ma'alma Yamna (équivalent de chikha), Yamna Bent El Hadj El Mahdi (1859-1933) a su s’imposer dans un milieu réservé exclusivement aux hommes; elle reprit tout le patrimoine musical-domaine masculin-et imprima au genre "msamaî" (féminin) la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.



Fadhila Dziria (1917-1970), de son vrai nom Fadhila Madani est née à Alger (Djenan Beït el Mel); elle a marqué la musique citadine traditionnelle (Hawzi). Elle chante ici aux côtés de Serri en 1958.



Mériem Fekkai (1889-1961), originaire de Biskra, elle est née à Alger; son genre de Msamaaî est inspiré de Ma'alma Yamna et de Chikha Tetma.




Reinette l'Oranaise (1915-1998), "légende de la musique judéo-arabe algérienne", de son vrai nom Sultana Daoud, Reinette est issue d'une famille juive algérienne. Après avoir été frappée de cécité à la suite d'une maladie à l'âge de deux ans, elle a été très tôt initiée à la musique, au style hawzi et à l'arabo-andalous en particulier par le musicien et chanteur Massaoud Médioni, dit Saoud.




Chikha Remitti (1923-2006), la légende du Raï est née à Tessala près de Sidi Bel Abbès. Elle chante l'amour, l'alcool, la femme, la misère, ou encore le tabou de la virginité avec le titre Charrak gattâ et s'attirera donc les foudres des conservateurs. Elle doit son surnom aux tournées d'alcool qu'elle demandait au patron, pour s'offir un verre ou en offrir aux clients : remettez...remitti avec l'accent !



Alice Fitoussi (1916-1998), une des rares chanteuses d'origine juive à être restée en Algérie après l'Indépendance (1962). Elle est née près de Constantine et interprétait entre autre des "madih", chants religieux (éloge du prophète).


Nouara (1945-) est originaire d'Azazga, de la famille des Ath Amar Ouzeguène.



Chérifa (1926-), de son vrai nom Ouardia Bouchemlal, est née dans le village des Aïth Halla, wilaya de Bordj Bou Arreidj en Petite Kabylie. C'est une grande chanteuse de musique traditionnelle kabyle (notamment des chants traditionnels kabyles, Achewiqq).

Une autre:


Taos Amrouche (1923-1976), artiste algérienne de confession chrétienne, Taos était écrivaine francophone (romancière) et interprète de chants berbères traditionnels. Soeur de l'écrivain Jean Amrouche, elle a signé sous le nom Marguerite-Taos Le Grain Magique, reccueil de chants, de contes et d'éléments d'un patrimoine oral kabyle très riche.



Le groupe Djurdjura (du nom de la chaîne de montagne en Kabylie) est un trio féminin en tenue traditionnelle. De leurs douces voix, elles chantent leur culture et leur racine kabyle.



Zohra (1962-1995), "chanteuse des femmes en détresse", originaire de Labrâa Nath Irathen, Zohra a réussi à s'imposer parmi les plus grandes chanteuses kabyles. Sa vie a été très tôt et tragiquement fauchée mais elle lègua un répértoire musical très connu en Algérie.


Houria Aïchi est une chanteuse et musicienne née à Batna dans les Aurès. Elle commence en interprêtant des chants traditionnels chaouis; elle participe également à la musique du film de Bernardo Bertolucci, Un thé au Sahara. Elle chante en arabe dialectal et en berbère chaoui.



Au Maroc:

La berbère Nadjat Aatabou, surnommée "la lionne de l'Atlas" chante les douleurs et blessures des femmes marocaines avec son verbe percutant et inégalable. Son style, le chaâbi marocain.



Haja  Al-Hamdaouia, el haja a grandement contribué au succès de la chanson populaire et a fait de la Aïta Marsawiyya un art- qui était considéré par certains comme un divertissement amoral- et l'a modernisé.


Tachinouite, la chinoise en tamazight (berbère)-parce qu'elle a les yeux bridés?- a su oser créer et renouveler un style traditionnel. Ses concerts sont de véritables shows et dégage une énergie incroyable!



Mimount N'Serwane, chanteuse amazighophone originaire de Selouane dans le Rif. Elle a su percer dans un milieu réservé aux hommes et bourré de clichés misogynes.



Fatna Bent L'Houceine (1935-2006), chanteuse de chaâbi. Elle fera partie pendant dix ans de la formation du chikh Mahjoub et de son épouse chikha Khadoudja Abdia.




En Tunisie:

Habiba M'Sika (1903-1930), chanteuse, danseuse et comédienne née à Tunis dans un quartier juif. Habiba devient un véritable phénomène de société et un véritable sex-symbol; elle interprète souvent des rôles du répertoire shakespearien aux scènes parfois sulfureuses pour l'époque. Sa vie mouvementée est un véritable roman avec une fin tragique, son ex-mari la brûle vive. Elle repose au cimetière du Borgel à Tunis.





Saliha Ettounsia (1914-1958) est née à Neber (Kef) de père d'origine algérienne. Elle est engagée par Béji Sardahi à la Rachidia-qui avait pour but de préserver le patrimoine national face à la colonisation- après l'avoir entendu chanter Ifrah ya qalbi lak nacib d'Oum Kalthoum. Son répertoire de chansons tunisiennes est très connu dans le pays jusqu'à ce jour.(Chanson Zed Ennabi)





Répertoire de musique arabe classique

Warda al-Djazaïria, littéralement Warda l'algérienne est née en France en 1940 de père algérien et de mère libanaise. Elle se fait connaître en interprétant des chansons patriotiques algériennes mais suite à celles-ci elle quitte la France pour Beyrouth en 1958. A l'indépendance, elle retourne en Algérie en souhaitant se consacrer à la chanson mais son mari le lui  interdit. Lorsqu'elle est appelée par le président de l'époque Houari Boumediène pour la commémoration de l'Indépendance, elle chante accompagnée d'un orchestre égyptien. Elle divorce alors et décide de se consacrer à sa passion. Elle connait un grand succès en Egypte, là où elle s'installe et où elle tient également de grands rôles dans les films égyptiens. (Deux grand titres ici: Ismaoouni et Harramt ahibbek).




Safia Chamia (1932-2004) de son vrai nom Chérifa Chamia est née au Liban d'un père algérien et de mère turque. Chanteuse et comédienne tunisienne elle debutera avec le titre Haouel Ya ghanem Haouel composé par l'artiste Abderrahman El Khatib. Elle a fait partie de la troupe théâtrale El Kawkab Ettamthili de Mohammed Lahbib. Elle jouera dans des pièces célèbres comme Majnoun Leïla ou encore Antar wa Abla.




Aïcha Redouane est une chanteuse et musicienne née au Maroc (Moyen-Atlas). C'est durant ses études en architecture qu'elle se prend de passion pour la musique classique arabo-andalouse et égyptienne. Elle a crée la formation musicale Al-Adwâr  avec Habib Yammine, musicologue libanais.




Et il y en a bien d'autres...

Pour connaître la vie de ces artistes, voir : http://www.hibamusic.com/ et http://www.music.art.dz/